Parcours de la coopérative
Au travers des lieux, des missions, et des années, l'histoire d’Acadie est tramée par trois fils rouges qui composent une signature et une méthode :
- La problématisation de l’action publique
- Le crible géographique
- La recherche et l’expérimentation
Ce rapide parcours revient sur leur origine et leurs évolutions. Il est une invitation à explorer plus avant les ressources de la médiathèque d’Acadie.
La problématisation de l’action publique
Comme tout bureau d’études, Acadie se doit de répondre à des questions à visée opérationnelle. Cependant, dès l’origine — c'est-à-dire début du processus de décentralisation — les membres de la coopérative ont cherché à « politiser les politiques publiques ». Politiser, c’est rendre discutable des options souvent techniques en apparence, au-delà de la réponse à des besoins (de service ou d’équipement), ou à la mise en œuvre de procédures légales.
En 50 ans d’histoire, nous avons traversé de multiples champs de politique publique, avec la même intention de mettre au débat des options lisibles et discutables, également opérationnelles mais politiquement différenciées. Depuis la fin des années 1970, cette posture nous a conduit à ouvrir et participer à des débats sur la politique de la ville (Le frisson qui rassure), la politique de l’habitat (L’enjeu de la mixité sociale dans les politiques urbaines) , les politiques d’aménagement du territoire (Les trois âges de la planification territoriale, La planification écologique…Faire région, faire France…), de cohésion sociale (Quelles politiques sociales dans la société mobile ? Le territoire est-il un bon instrument de redistribution ?) et de transition écologique (Transition, relance et territoires…, Ce que nous disent les sols, La controverse du ZAN, La sieste, La révolution obligée).
Le crible géographique
La naissance d’Acadie est contemporaine de l’ouvrage d’Yves Lacoste La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre (certains fondateurs étaient ses étudiants). Lacoste y dénonçait la collusion objective (comme on disait à l’époque) de la géographie d’état-major et de la géographie des professeurs, l’encyclopédisme des uns masquant la domination des autres. Il en appelait à une géographie politique, une conscience géographique civique, utilisée comme instrument de mise en débat de la décision publique. Nous avons appris, avec le temps et l’expérience, à mettre en œuvre les outils et notions proprement géographiques comme un crible permettant de travailler (avec) les politiques publiques. L’outil central de la géographie, c’est évidemment la carte. Avec la généralisation des outils de géomatique, produire de la cartographie politique est devenu, sinon facile, du moins courant. Acadie ne s’en prive pas pour imaginer de nouvelles représentation de l’espace et des territoires : Peuplement et mode de vie en France en 2050, Financer les politiques de transition, Typologie des ruralités…
Au-delà du plaisir de la cartographie, la géographie humaine propose des notions qui se révèlent très opérationnelles : le lieu, le territoire, l’espace, l’échelle, les réseaux, les flux. Ces notions s’interpellent réciproquement si l’on peut dire. Ainsi, l’approche « multiscalaire » ouvre à la discussion sur la pertinence et l’usage des « zonages » (Combiner les échelles, interpeller les échelons). La lecture en réseaux et flux permet de penser autrement les dynamiques et les fonctions des différents territoires : penser en termes de liens (Le temps des liens) plutôt qu’en termes de fractures (En finir avec les discours sur la fracture), penser autant en termes de flux qu’en termes de stock (Le grand Paris doit se réconcilier avec sa démographie), penser alliance autant (et plus) que compétition inter-territoriale (Aménager le territoire à l’heure de la reliance).
Cette approche scalaire et réticulaire conduit naturellement à critiquer les catégories contemporaines d’un géographisme envahissant : les « métropoles » (A quand un récit métropolitain en France ?), les « villes moyennes » (Un modèle à réinventer), les « petites villes » (Les petites villes de demain en Loir-et-Cher), et, bien sûr, les « espaces périurbains » et « ruraux » (Repenser la périphérie, Le récit ruraliste aujourd’hui).
Enfin, au gré des missions, la coopérative a porté un intérêt particulier à quelques espaces métropolitains : le Grand Paris (Atlas du Grand Paris), ou Marseille (Marseille/Éclatés).
La recherche, l’expérimentation, la prospective
A proprement parler, l’activité de recherche n’entrait pas, à l’origine, dans la raison sociale de la coopérative, d’autant que ses fondateurs avaient choisi de ne pas poursuivre une carrière universitaire. Mais au début des années 1980, la conjoncture autorisait, voire incitait à joindre l’action, la recherche et l’expérimentation, particulièrement dans le cadre des nouvelles politiques contractuelles de la politique des quartiers, et de prévention de la délinquance (L’usage des quartiers, géographie et politique). La recherche s’est déployée bien au-delà des quartiers populaires, à mesure que nos missions s’étendaient à des thématiques nouvelles. L’activité de recherche à Acadie vise à produire des connaissances nouvelles sur les dynamiques à l’échelle européenne (Villes petites et moyennes et aménagement territorial : Éclairages anglais, allemands et italiens sur le cas français ; La valeur des territoires hors-jeu : leçons espagnoles, italiennes et polonaises…), sur les économies territoriales (Entre système mondialisé en ancrage local ; La ville du « fait main » …). Elle est aussi guidée par le souci d’éclairer les politiques publiques (Not net Land Take – Policies and Pratices in European Regions ; Qui seront les investisseurs publics de demain ? …). Enfin, l’activité de recherche vient alimenter des travaux de prospective pour des collectivités publiques ou des institutions nationales comme l’ADEME ou plus anciennement la DATAR (Territoires 2040).